Les métiers d’art à l’œuvre : une chasse hors du temps.
Les métiers d’art sont avant tout des métiers de la matière, du geste et du temps. Ils portent des savoir-faire souvent transmis de génération en génération, parfois fragiles, qui constituent une part précieuse de notre patrimoine culturel. Mais ils ne sont pas seulement tournés vers le passé : par leur capacité à transformer, interpréter et réinventer, ils participent aussi pleinement à la création contemporaine.

Soutenir ces métiers, c’est donc préserver des techniques et des connaissances, mais aussi donner les moyens à celles et ceux qui les pratiquent de continuer à créer, à transmettre et à faire évoluer ces savoir-faire. C’est précisément ce que permettent les Journées Européennes des Métiers d’Art (JEMA) : pendant quelques jours, ateliers, artisans et créateurs ouvrent leurs portes pour faire découvrir leurs pratiques au public, montrer les gestes qui se cachent derrière les œuvres et créer une rencontre directe avec ces métiers.

À l’occasion de cette édition, j’ai eu le plaisir de participer à ces journées dans les ateliers de Pari(s) Affresco, à Charenton-le-Pont, où j’ai réalisé une fresque à quatre mains avec Valérie Letombe, fresquiste et peintre d’icônes, et présidente de l’association. Pendant ces journées portes ouvertes, les membres de l’association ont présenté au public la technique du buon fresco à travers des démonstrations en direct, donnant à voir un savoir-faire qui ne peut véritablement se comprendre qu’en observant la matière, le geste et le temps de sa réalisation.


Une chasse venue de San Baudelio
Pour ma part, j’ai choisi de travailler avec Valérie autour d’une œuvre médiévale espagnole qui nous intéressait particulièrement : les fresques de l’ermitage de San Baudelio de Berlanga. Construite au XIᵉ siècle dans une région alors située aux frontières des mondes chrétien et musulman, l’ermitage a été décoré au début du XIIᵉ siècle d’un ensemble exceptionnel de peintures murales. Leur originalité tient notamment à la coexistence de scènes religieuses et de représentations profanes — animaux, scènes de chasse — ainsi qu’à un vocabulaire décoratif qui témoigne des échanges entre les cultures chrétienne et islamique de la péninsule Ibérique. Les motifs évoquent parfois directement les textiles et les arts décoratifs venus d’al-Andalus et du monde méditerranéen.


Ces peintures sont aujourd’hui particulièrement fragmentaires. Une grande partie des fresques a été arrachée de l’ermitage dans les années 1920 et transférée sur toile avant d’être dispersée dans plusieurs collections aux États-Unis : notamment au Museum of Fine Arts de Boston, à Indianapolis, Cincinnati et au Metropolitan Museum of Art de New York. Six fragments sont également conservés au Museo del Prado à Madrid. Parmi eux se trouve la Chasse au cerf, réalisée vers 1125.

Ce qui nous intéressait particulièrement dans ces peintures, c’est justement cette association étonnante entre la représentation d’animaux et de scènes de chasse, le caractère très graphique des figures et la présence de motifs décoratifs inspirés des arts textiles. À San Baudelio, ces images profanes ne sont d’ailleurs pas simplement décoratives : elles participent à un ensemble iconographique où les scènes de chasse et les animaux peuvent recevoir une dimension symbolique.
Faire sortir la chasse du mur
À partir de la Chasse au cerf de San Baudelio et de motifs décoratifs d’inspiration persane, nous avons imaginé une composition nouvelle plutôt qu’une reproduction. Nous avons choisi de décrocher la scène de chasse de son contexte d’origine pour la déplacer vers l’extérieur de l’architecture. Le cerf, poursuivi par les chiens, semble ainsi traverser le mur et s’échapper hors de la scène.


Le point de vue est volontairement celui du spectateur placé à l’intérieur du temple. Depuis cet espace clos, il aperçoit soudain la chasse qui se déroule au-dehors : le cerf surgit dans le paysage, comme s’il venait de franchir la limite entre l’image et le monde réel. Cette inversion crée une situation presque allégorique, voire phantasmagorique. La fresque ne représente plus seulement une scène de chasse : elle devient une ouverture imaginaire vers un autre espace, où les figures semblent pouvoir circuler librement entre l’intérieur et l’extérieur.

Fiche informations
Lieu Ateliers de Pari(s) Affresco, Charenton-le-Pont (France)
Dates 11 avril 2026
Événement Journées Européennes des Métiers d’Art
Participation Réalisation à quatre mains avec Valérie Letombe
Technique Peinture a fresco (buon fresco)
Références iconographiques Fresques de San Baudelio de Berlanga, Espagne, XIIᵉ siècle ; motifs décoratifs d’inspiration persane
Sujet Réinterprétation de la scène de chasse au cerf
Matériaux Chaux, sable, pigments naturels
Type de réalisation Création originale sur panneau de fermacell




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